Lucrèce Borgia de Victor Hugo

Lucrece Borgia Victor HUgo

Hello les bouquineurs !

Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui, parlons théâtre.

C’est au détour d’une chronique sur France Inter présentée par Guillaume Gallienne, que j’ai entendu parler de cette pièce, écrite par Victor Hugo.

Je connaissais cet écrivain en tant que romancier et poète, moins en dramaturge, qui plus est, sur les Borgia.

Et imaginer Guillaume Gallienne interprétant le rôle de Lucrèce, femme à la réputation sulfureuse, a plus que titillé ma curiosité.

Mais de quoi parle cette pièce ?

Je ne vous mets pas la quatrième de couverture car il s’agit d’une des toutes dernières tirades de la pièce.

Petit résumé :

Cette pièce met en scène Lucrèce, fille du pape Alexandre VI, à présent unie à Don Alphonse d’Este, duc de Ferrarre, son troisième mari. On apprend rapidement qu’elle est la mère de Gennaro, le fils qu’elle aurait eu avec son frère Jean (qui aurait péri sous le poignard de César, leur frère aîné). Pour protéger Gennaro, leur enfant illégitime, Lucrèce l’aurait abandonné et caché son existence, non sans peine. Gennaro, devenu adulte, est un capitaine à la recherche de sa mère biologique, dont il reçoit, chaque mois, une lettre pleine d’affection, et ce, où qu’il soit. Il ignore que sa mère n’est autre que Lucrèce Borgia, femme qu’il exècre et qu’il juge monstrueuse.

La pièce débute à Venise, de nuit, au cours d’une fête.
Sous son masque, Lucrèce en profite pour aborder Gennaro. C’est alors que ses compagnons d’arme la démasquent et l’humilient publiquement. Ainsi outragée, elle promet de se venger.
Parallèlement, l’affection qu’elle montre envers Gennaro est mal interprétée par son troisième mari, terriblement jaloux, qui voit en lui, un amant de Lucrèce. 

Lucrèce Borgia est une pièce dramatique en 3 actes.

Faite de secrets, de complots, de vengeance, d’actes de bravoure et de folie, c’est assurément une oeuvre pleine péripéties mais également de quiproquos.

Dans cette oeuvre, Victor Hugo ne cache ni son dégoût, ni son mépris pour Lucrèce Borgia qu’il considère comme actrice de ses mœurs dissolus et non outil politique de son père et de son frère César, comme il est souvent dit dans les écrits historiques.

Victor Hugo aborde également le thème de la maternité. Cette femme, « ignoble » au sens moral, accusée de tous les péchés trouvera-t-elle son absolution dans la maternité ?   » La monstruosité lavée par la maternité «  comme il est dit dans la préface ?

Une thématique qu’il a d’ailleurs exploitée dans sa pièce précédente Le roi s’amuse qui a inspiré l’opéra Rigoletto de Verdi.

J’ai été emportée par l’écriture de Victor Hugo, la puissance de ses mots et de ses situations. Rien que pour cela, la pièce est à découvrir.

Quelques répliques pour vous mettre l’eau à la bouche :

Acte I, Ière partie, scène I

Jeppo

Vous l’avez dit, monsieur de Belverana. Le cadavre, c’était Jean Borgia; le cavalier, c’était César Borgia.

Maffio

Famille de démons que ces Borgia! Et dites, Jeppo, pourquoi le frère tuait-il ainsi le frère?

Jeppo

Je ne vous le dirai pas. La cause du meurtre est tellement abominable que ce doit être un péché mortel d’en parler seulement.

Gubetta

Je vous le dirai, moi. César, cardinal de Valence, a tué Jean, duc de Gandia, parce que les deux frères aimaient la même femme.

Maffio

Et qui était cette femme ?

Gubetta, toujours au fond du théâtre.

Leur sœur.

Et puis, lorsque Gennaro va au palais des Borgia et fait sauter la lettre B de l’écusson des Borgia donnant le mot « Orgia » :

Acte I, IIème partie, scène III

Jeppo

Gennaro, cette lettre de moins au nom de madame Lucrèce, c’est ta tête de moins sur tes épaules.

Vous l’avez compris, Lucrèce Borgia est une pièce que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir. Je l’ai même lu petit bout par petit bout pour en profiter le plus longtemps possible.

Pour convaincre les plus indécis (difficiles ?), sachez qu’en fin d’ouvrage sont publiées les différentes variantes de la scène finale. De la plus cruelle à la plus romanesque, un choix qui pourra correspondre à l’envie de chacun(e).

Plus d’infos sur la chronique de Guillaume Gallienne çà peut pas faire de mal ici.

Catégorie : 5 étoiles

Publicités

Je vais mieux de David Foenkinos

Hello les bouquineur.se.s !

Oui ma photo est moche mais cette petite couverture de livre de poche en elle-même, n’est-elle pas jolie ?
Fraîche, un peu naïve, avec un titre positif, annonciateur d’un dénouement heureux…

Une lecture plaisante ? Comme je vous le disais dans mon TOP / FLOP 2018, pas vraiment…

Pourquoi n’ai-je pas aimé ce livre de David Foenkinos, lui qui m’avait tellement conquise avec sa biographie de la peintre Charlotte Salomon ?

Avant de vous dire pourquoi je-ne-suis-que-déception, arrêt sur la 4ème de couverture :

Un jour, je me suis réveillé avec une inexplicable douleur dans le dos.
Je pensais que cela passerait, mais non.
J’ai tout essayé…
J’ai été tour à tour inquiet, désespéré, tenté par le paranormal.
Ma vie a commencé à partir dans tous les sens.
J’ai eu des problèmes au travail, dans mon couple, avec mes parents, avec mes enfants.
Je ne savais plus que faire pour aller mieux…
Et puis, j’ai fini par comprendre.

Il est vrai que cette quatrième de couverture ne casse pas non plus 3 pattes à un canard…
Qu’attendais-je de ce roman ? Une sorte de guide ? Avec des pistes, des idées pour changer de vie et résoudre les petits et grands tracas du quotidien ?

Hélas, aucune révélation de ce côté là.

Et en termes de rythme, le livre a beaucoup de mal à démarrer. 
La première partie s’attarde longuement sur l’apparition de ce fameux mal de dos, source de multiples visites chez les médecins, spécialistes, kiné…
Vraie raison médicale ou hypocondrie ?
C’est un peu toute la question du livre et il ne faudra pas moins de 100 pages (en ressenti : 200 pages) pour que le héros comprenne l’origine de son mal : En gros, il en a plein le dos (amateurs des jeux de mots pourris bonjour).

Et, action / réaction, il décide d’y remédier en envoyant bouler tout ce qui lui cause des crispations (son collègue pénible, sa mère négative, son ex-femme…). Le tout dans une histoire relativement ennuyeuse avec de sacrés clichés sur les relations homme-femme.

Et c’est précisément là que le bât blesse et que la dernière partie du livre m’a complètement rebutée.
Dans les pages finales, le héros se dispute avec son ex-femme. Dans une sorte de catharsis finale, pour se libérer définitivement de son mal de dos, de cette dernière entrave, il administre une baffe monumentale à son ex-femme car, selon ses propos à elle, « il est trop mou » :

WHAT ???!!

Cette équation, homme mal dans sa peau + femme giflée = virilité restaurée, m’a donné envie de balancer ce livre au feu…

Est-ce qu’on avancera un jour sur les questions de violences conjugales, violences faites aux femmes pour que dans des romans « grand public », on n’ait plus ce genre de scènes qui semblent la norme ??

Voilà, vous l’avez compris, à la fin, le protagoniste va mieux mais nous, pas tellement.

Ce livre a récemment été adapté au cinéma avec Eric Elmosnino et Alice Pol dans les rôles phares.
Peut-être auront-ils réussi à insuffler la dose de charme qu’il manquait au roman (la scène de la baffe en moins) ? Pas sûre….

Classement : 1 étoile

Meilleurs Vœux !

Hello les bouquineur.se.s,

Je profite de ce début Janvier pour vous souhaiter une très belle et heureuse année 2019 !

Qu’elle soit riche en bonheur, joies multiples, beaux projets et réussite, ainsi qu’en bonne santé, et, soyons fous, de prospérité ! 

Une année que j’espère également pleine de belles découvertes littéraires, de lectures captivantes, envoûtantes voire déroutantes.

Parmi mes bonnes résolutions, je compte bien :

  • Lire plus de livres dits « féministes », parmi lesquels King Kong Théorie de Virginie Despentes et, dans un registre tout à fait différent, Une chambre à soi de Virginia Woolf
  • Lire enfin certains classiques comme Aurélien d’Aragon, certains Molière et Maupassant, achetés puis mis de côté
  • (re)Lire certains Agatha Christie
  • M’ouvrir à de nouveaux styles que j’expérimente assez peu (des essais, des polars…)
  • Essayer de bloguer plus…

Et vous, quelles sont vos bonnes résolutions pour 2019 ?

TOP / FLOP 2018

Hello les bouquineur.se.s !

Avant de passer aux bonnes résolutions, faisons le bilan  » Lectures «  de cette année 2018 !

 
Une année plutôt riche pour moi, qui ai réussi à lire pas moins d’une trentaine de livres (c’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi çà veut dire beaucoup #France Gall).

Quelles ont-été mes 5 pépites ? Et à l’inverse, les 5 plus décevants ?

Petit coup d’œil dans le rétroviseur.

TOP :

  1. Chien de Samuel Benchetrit. Très drôle, grinçant, parfois cruel mais avec une pointe de sensibilité et d’émotions, j’ai adoré ce roman. Quand on sait qu’il a été adapté avec Vincent Macaigne dans le rôle phare, il me tarde de le voir ! Un peu sombre mais attachant !
  2. Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie de Virginie Grimaldi. Parce qu’il ne peut exister de classement TOP sans Virginie Grimaldi. A chaque fois, un savant mélange d’humour et d’émotions, avec une écriture vive et sincère. L’autrice est particulièrement généreuse avec ses lecteurs. J’ai aimé tous ses livres. Un vrai doudou !
  3. La Horde du Contrevent d’Alain Damasio. Je vous en parlais la dernière fois (ma chronique ici), ce livre a été un vrai plaisir de lecture. Bien écrit et captivant !
  4. Mémoire de Fille d’Annie Ernaux. LA claque de l’année. Sur le propos déjà et la notion de consentement. Sur le style, ensuite, j’ai été estomaquée par la plume de Madame Ernaux, quelle précision incroyable. Exceptionnel !
  5. Songe à la douceur de Clémentine Beauvais. Pour son inventivité, sa vivacité, sa finesse et sa poésie. Enthousiasmant !
  6. La papeterie Tsubaki de Ito Ogawa (oui je sais, je triche, j’avais dit 5). Roman plein de charme et de poésie qui nous emporte dans le calme de la campagne japonaise
  7. (ma chronique ici). Réconfortant !

Après toutes ces réjouissances, passons aux moins folichons :

FLOP :

  1. Danser au bord de l’abîme de Grégoire Delacourt. Je crois que c’est LE roman qui m’a le plus « agacée » de l’année. J’attendais beaucoup de l’histoire de cette femme qui quitte tout, mari et enfants, sur un coup de cœur. Au final, j’ai trouvé ce personnage superficiel et la mise en parallèle avec La chèvre de M. Seguin très lourde. Dommage !
  2. Un appartement à Paris de Guillaume Musso. Impossible d’avancer dans ce « thriller », pourtant largement recommandé par mes proches. Je lis une page par ci, une page par là pour réussir à avancer, mais sans grand conviction…
  3. Je vais mieux de David Foenkinos. Je vous avais préparé une chronique que je posterai bientôt. Moi qui ai tant aimé Charlotte de Foenkinos, je ne suis que déception devant cet ouvrage.  
  4. La 5ème vague de Rick Yancey (Tomes 1, 2 et 3). Oui, oui, j’ai lu les 3 tomes pour savoir comment çà finissait (verdict : mal pour l’héroïne). Dans la même veine que Les âmes vagabondes que j’avais failli jeter au feu (ma chronique ici). On comprend pourquoi seul le 1er tome a été adapté au cinéma (les 2 autres volets sont hyper sanglants et partent dans tous les sens). Pas de la très bonne SF en somme.
  5.  La servante écarlate de Margaret Atwood. Ah, ne poussez pas des cris d’orfraie ! A mon grand désarroi, je n’ai pas accroché au roman alors que la série TV est tellement captivante ! Défaut de rythme, problème de style, le roman m’a presque rebutée ! J’y reviendrai lors d’une prochaine chronique. 

Et vous, quels sont vos TOP / FLOP de cette année ?

 

La Horde du Contrevent d’Alain Damasio

Hello les bouquineurs de passage !

horde du contrevent alain damasioJe ne pouvais pas terminer cette année sans vous parler de l’un de mes coups de cœur de 2018 !

Pourtant, çà avait mal commencé entre ce livre et moi : Un volume trop gros, une couv un peu mochouille, une intrigue qui semblait complexe, rien qui m’emballait… et pourtant ! 

Après une n-ième hésitation à la bibliothèque et devant les multiples recommandations des fans de dystopie, j’ai cédé.
Et quelle bonne idée ! 

Avouons-le, il faut s’accrocher dans les 30 premières pages : l’univers est singulier et le style volontairement très déroutant.
Il faut faire fi de l’apparente difficulté à entrer dans le texte car tout se décante au fur et à mesure, pour être ensuite rapidement pris dans l’intrigue et ses nombreux rebondissements. 

Plonger dans ce roman, c’est d’abord intégrer la horde et ses 23 membres, tous plus insolites les uns que les autres.
Chacun dispose d’une fonction indispensable à la vie de la horde, de l’éclaireur à la soigneuse, en passant au combattant-protecteur et au scribe.

Par l’habile parti pris de l’auteur, on entre, tour à tour, dans la peau de chacun de ces hordiers ! Et c’est là toute l’originalité de ton du roman : l’aventure avance à travers les yeux, et surtout le langage de chaque personnage, parfois brutal et grossier chez Golgoth le Traceur, poétique et dansant chez Caracole le Troubadour, ou encore plus factuel chez Sov le Scribe.

Qu’en dit la 4ème de couv (pompée sur Babelio) ?

Un groupe d’élite, formé dès l’enfance à faire face, part des confins d’une terre féroce, saignée de rafales, pour aller chercher l’origine du vent. Ils sont vingt-trois, un bloc, un nœud de courage : la Horde. Ils sont pilier, ailier, traceur, aéromètre et géomètre, feuleuse et sourcière, troubadour et scribe. Ils traversent leur monde debout, à pied, en quête d’un Extrême-Amont qui fuit devant eux comme un horizon fou. 

Expérience de lecture unique, La Horde du Contrevent est un livre-univers qui fond d’un même feu l’aventure et la poésie des parcours, le combat nu et la quête d’un sens profond du vivant qui unirait le mouvement et le lien. Chaque mot résonne, claque, fuse : Alain Damasio joue de sa plume comme d’un pinceau, d’une caméra ou d’une arme…
Chef-d’œuvre porté par un bouche-à-oreille rare, le roman a été logiquement récompensé par le Grand Prix de l’Imaginaire.

La horde doit parcourir la terre pour découvrir l’origine du vent. Dans une quête à la fois collective et individuelle, guidée par son téméraire et intraitable meneur Golgoth, elle devra rester unie face à l’adversité, frôlée en permanence par la mort, où la nature se fait toujours plus hostile. 

Au final, on s’attache aux personnages, à cette horde compacte, loyale, unie.
On est pris dans son quotidien et on a envie de baisser la tête, de prendre ses appuis et de pousser avec eux sous le vent.

L’une des forces de ce livre réside avant tout dans sa grande qualité d’écriture et son maniement admirable de la langue française qui plaira aux amoureux des mots.

C’est ensuite une histoire construite, pleine de rebondissements mais tenue jusqu’à la dernière ligne. Çà fait du bien un roman de science fiction qui ne finit pas en eau en boudin !

Vibrant, ardent, exigent, vous l’avez compris, j’ai été transportée et enchantée par ce livre.

Donc, pour résumer :

  • si vous aimez la SF, saupoudrée d’une pincée de fantasy
  • Si vous ne craignez pas d’être dérouté.e et emporté.e dans un univers unique, ni de ployer sous une multitude de termes techniques
  • Si vous êtes un.e amoureux.se de la langue française
  • Si vous recherchez de l’aventure et que 710 pages ne vous font pas peur

alors ce livre est fait pour vous !

Sachez qu’il a été adapté en BD chez les éditions Delcourt.
Si l’univers graphique a l’air top, je ne l’ai pas encore lue, de peur de perdre ma propre vision des hordiers, notamment celle de Golgoth ou Caracole.

Et vous avez-vous eu l’occasion de le lire en roman ou encore en BD ?

Catégorie : 5 étoiles

La papeterie Tsubaki de Ito Ogawa

Hello les bouquineurs !

Envie d’un peu de tendresse dans ce monde de brutes ?
De beauté et de douceur mais sans mièvreries ?

Plongez-vous sans tarder dans La papeterie Tsubaki, dépaysement et apaisement garantis.

Petit résumé de la 4ème de couverture

« Hatoko a vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamakura, dans la petite papeterie que lui a léguée sa grand-mère. Le moment est venu pour elle de faire ses premiers pas comme écrivain public, car cette grand-mère, une femme exigeante et sévère, lui a enseigné l’art difficile d’écrire pour les autres.
Le choix des mots, mais aussi la calligraphie, le papier, l’encre, l’enveloppe, le timbre, tout est important dans une lettre. Hatoko répond aux souhaits même les plus surprenants de ceux qui viennent la voir : elle calligraphie des cartes de vœux, rédige un mot de condoléances pour le décès d’un singe, des lettres d’adieu aussi bien que d’amour. A toutes les exigences elle se plie avec bonheur, pour résoudre un conflit, apaiser un chagrin.
Et c’est ainsi que, grâce à son talent, la papeterie Tsubaki devient bientôt un lieu de partage avec les autres et le théâtre de réconciliations inattendues. »

J’avoue avoir eu du mal à m’accommoder au rythme des toutes premières pages. Mais il faut dire que je sortais tout juste des 600 pages de La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker, véritable « page-turner » trépidant.

Il m’a bien fallu laisser passer 2,3 jours avant de reprendre La papeterie Tsubaki, pour réussir à décélérer et enfin me laisser porter par la tranquillité de son tempo. 

Un rythme lent donc, à la limite de la contemplation, qui force à la déconnexion de notre propre quotidien.

Pendant une année, au fil des saisons, Hatoko, narratrice, nous dépeint sa vie d’écrivain public. Entre tâches domestiques et interactions avec sa voisine, Hatoko découvre son nouveau métier, enseigné avec rigueur depuis sa plus tendre enfance par sa grand-mère, l’Aînée.

D’abord subie, cette situation va lui permettre de s’ouvrir aux contacts des autres, clients et voisinage, tout en se découvrant elle-même.

Ce roman est une jolie déclaration d’amour au métier d’écrivain public, à l’importance de l’écrit et à la beauté de la calligraphie.
Forte de cette envie de partager cet art, l’autrice a parsemé de nombreuses inclusions avec les visuels des lettres réalisées par Hatoko.  

Parce qu’elle goûte aux plaisirs d’un thé fumant préparé avec soin, s’émeut du cycle de floraison des fleurs ou de la beauté d’un paysage, Hatoko, à travers ses sorties et ses méditations dans les temples, prend le temps de vivre et nous donne envie, à nous aussi, de ralentir.

Un livre d’une douceur et d’une sagesse imparable mais qui ne se veut pas niais. Il offre en effet une bien jolie galerie de personnages, sans manichéisme, chacun(e) portant en soi sa part d’ombres et de regrets.

Prenez le temps de goûter à la douceur de vivre…
Un livre qui se déguste page après page.

Catégorie : 5*

La fille du train de Paula Hawkins

fille du trainHello les bouquineurs de passage !

On a évoqué plusieurs coups de cœurs ces derniers temps. Au fil de mes pérégrinations littéraires, il y a certes de jolies surprises mais également de sacrées déceptions.

La fille du train fait hélas partie de cette seconde catégorie.

De prime abord, je lis assez peu polars. Mais quand je me suis tombée sur cette bande annonce avec Emily Blunt, je me suis rappelée que j’avais vu ce best-seller dans ma médiathèque et je l’ai emprunté dès que j’ai pu.

J’en profite au passage pour vous dévoiler l’un de mes péchés mignons :  Quand un film adapté d’un livre sort au cinéma, je cours le lire avant d’aller le voir. C’est plus fort que moi, à croire que j’adore me spoiler toute seule…. (« vous avez demandé l’hôpital psychiatrique, ne quittez pas :  » Bonjour, je m’appelle L et je suis « adaptophile » anonyme »).
Bref.
Toujours est-il que j’avais du coup dévoré Gone Girl, Hunger Games, Drive avant de voir les films.

Une bonne idée d’avoir céder aux sirènes de la curiosité en empruntant La fille du train ? Pas sûre hélas…

Avant de développer, on ne coupe pas à la quatrième de couv :

Entre la banlieue où elle habite et Londres, Rachel prend le train deux fois par jour : le 8h04 le matin, le 17h56 le soir. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants, qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait. Heureux, comme Rachel et son mari ont pu l’être par le passé, avant qu’il la trompe, avant qu’il la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit Jess dans son jardin avec un autre homme que Jason. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

Ai-je été séduite par ce pitch, passant moi-même énormément de temps dans les trains de banlieue pour aller au boulot ? Probablement.

Mais je n’ai pas été hyper emballée par ce livre. Je n’ai pas réussi à m’attacher au personnage de Rachel, ni à trouver d’intérêt à l’intrigue portant sur la disparition de Jess.

D’emblée, il y a une étrange similitude avec Les apparences de Gyllian Flynn : un chapitre par personnage un peu comme un journal intime, des histoires de couples borderline, des personnalités troubles. Des traits similaires donc, mais niveau écriture, on ne joue plus vraiment dans la même catégorie. Et c’est un peu là que le bât blesse car c’est quand même (un peu, beaucoup) écrit avec les pieds. Clairement un à deux crans en dessous du Gyllian Flynn.

Au final, une lecture assez rapide mais globalement décevante. Et qui ne m’a pas même pas donner envie de voir le film. Dommage.

Et vous avez eu l’occasion de le lire ? Avez-vous vu le film ?

Catégorie : 2 étoiles

La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette

la-femme-qui-fuit-danais-barbeau-lavaletteHello les bouquineur.se.s de passage !

Et si on se réchauffait un peu, entre deux tasses de thé fumant, avec une petite chronique littéraire ?

Passons l’Atlantique pour parler, non pas des Etats-Unis et de leur insupportable président Trump (Sortirons-nous un jour de ce cauchemar ?) mais de littérature québécoise, en vous présentant le livre lauréat du prix littéraire France – Québec 2016 : La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette.

Ce qu’en dit la quatrième de couverture :

Anaïs Barbeau-Lavalette n’a pas connu la mère de sa mère. De sa vie, elle ne savait que très peu de choses. Cette femme s’appelait Suzanne. En 1948, elle est aux côtés de Borduas, Gauvreau et Riopelle quand ils signent le Refus Global. Avec Barbeau, elle fonde une famille. Mais très tôt, elle abandonne ses deux enfants. Pour toujours.
Afin de remonter le cours de la vie de cette femme à la fois révoltée et révoltante, l’auteur a engagé une détective privée. Les petites et les grandes découvertes n’allaient pas tarder.
Enfance les pieds dans la boue, bataille contre les petits Anglais, désir pour un directeur de conscience, fugue vers Montréal, frénésie artistique des Automatistes, romances folles en Europe, combats au sein des mouvements des Noirs de l’Amérique en colère :  elle fut arracheuse de pissenlits en Ontario, postière en Gaspésie, peintre, poète, amoureuse, amante, dévorante… et fantôme.

La femme qui fuit, c’est l’aventure d’une femme explosive, une femme volcan, une femme funambule, restée en marge de l’histoire, qui traverse librement le siècle et ses tempêtes.

Pour l’auteur, c’est aussi une adresse, directe et sans fard, à celle qui blessa sa mère à jamais.

Une quatrième de couv qui donne le ton.
Pour paraphraser ce résumé, Anaïs Barbeau-Lavalette n’a pas connu sa grand-mère, seulement les ravages qu’elle a causés dans la vie de sa mère (et par répercussions dans la sienne) du fait de son absence.

Sur la forme, le style est particulièrement fort puisque l’auteur utilise le « tu » pour s’adresser à Suzanne, cette grand-mère inconnue, en retraçant son quotidien de sa naissance à sa mort grâce aux informations issues de l’investigation d’une détective privée. Le « tu » comme assertion mais aussi parfois comme questionnement.

Sur le fond, ce livre est dune grande intensité, par le parti pris de l’apostrophe, mais également par l’histoire terrible et véridique de Suzanne, cette femme éprise de liberté, terrifiée à l’idée de devenir comme sa propre mère, femme au foyer ankylosée dans la maternité avec une ribambelle d’enfants, vivant sans passion et s’oubliant elle-même, prête à se noyer. Pour fuir ce déterminisme social et sexué, elle abandonne ses 2 enfants en bas âge, sans se retourner. En échappant à cette maternité qu’elle vit comme une prison, Suzanne aspire à se réaliser professionnellement, intellectuellement ou du moins artistiquement et fréquente l’intelligentsia québécoise sans pour autant y appartenir  pleinement (à l’exemple du plaidoyer qu’elle a refusé de signer).

Un récit bouleversant, d’une incroyable tristesse, que l’on garde longtemps en mémoire. Cette décision de tout abandonner et ainsi de broyer sa famille, ses enfants, le destin de sa fille Mousse (la mère de l’autrice) m’a littéralement prise aux tripes, avec d’autant plus de force qu’il s’agit d’une histoire vraie.
Un livre qui explore le rapport de Suzanne à la maternité comme un obstacle à l’engagement professionnel (qui, sans aller dans de pareils extrêmes,  reste un casse tête pour la grande majorité des femmes).

Mais avec quelle distance lire ce livre ? Ce type d’exercice est toujours un peu périlleux, à cheval entre l’autobiographie, l’autofiction et la fiction pure. Quelle est la part de « vérité » ? Qu’en est-il de toutes les parties sur les relations intimes de Suzanne, sont-elles « réinventées » par sa petite-fille, l’autrice ? Entre réel et fiction ? C’est d’autant plus troublant qu’est plantée, au milieu du livre, une véritable photo de leur famille, insérée entre des éléments de biographie et des passages plus romancés.

Un des leitmotivs de ce blog est de ne pas dévoiler la fin des ouvrages cités. Mais, je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous ce passage très fort, dans les toutes dernières pages :

Parce que je suis en partie constituée de ton départ. Ton absence fait partie de moi, elle m’a aussi fabriquée. Tu es celle à qui je dois cette eau trouble qui abreuve mes racines, multiples et profondes.
Ainsi, tu continues d’exister.
Dans ma soif inaltérable d’aimer.
Et dans ce besoin d’être libre, comme une nécessité extrême.
Mais libre avec eux.
Je suis libre ensemble, moi. (p. 376)

Bien que les décisions prises par Suzanne soient révoltantes à plus d’un titre, ses interrogations et son cheminement en tant que femme, mère et intellectuelle peuvent faire écho à nos propres interrogations. Je vous recommande chaudement ce livre.

Pour plus d’infos sur le prix France-Québec et Anaïs Barbeau-Lavalette ICI !

Catégorie : 4 étoiles